Du paddle sur un petit bras de la Seine à Maisons-Laffitte

La Seine n'est pas réservée qu'aux péniches et aux Bateaux Mouches. A deux pas de la gare de Maisons-Laffitte, on peut se hisser sur un paddle et glisser paisiblement sur le fleuve au milieu d'une nature préservée. Journaliste pour Enlarge your Paris, Joséphine Lebard s'est jetée à l'eau.

Ce matin, dans le train qui me conduit à Maisons-Laffitte (Yvelines), je détonne un peu. Au milieu des quelques cadres en costume qui se rendent à La Défense (Hauts-de-Seine), je sens bien qu'on regarde avec circonspection mon ensemble short / T-shirt, pas très à propos à 9h, un jour de semaine alors qu'il fait 12°C. Sauf que, pour aller faire du paddle sur la Seine, le tailleur d'executive woman n'était pas la tenue la plus appropriée.
« Ça va être rigolo ». Telle a été la réponse de mon rédacteur en chef quand je lui ai dit que m'envoyer moi tester cette activité nautique n'était pas l'idée de l'année. Tu m'étonnes ! Ma dernière expérience de paddle en mer se résume à trois minutes debout pour 57 à galérer à essayer de me tenir en équilibre. Le tout sous le regard consterné d'un moniteur de 17 ans et demi...

Comment me rendre à Supexperience pour faire du paddle ?

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Adresse

20 Rue de la Digue
78600 Maisons-Laffitte

Des cygnes et des saules

Au téléphone, Alexis, de Supexperience (comme Stand Up Paddle) me rassure : « Je serai là pour te guider. Les gens qui tombent, franchement, c'est rare... ». Pas totalement sereine, mais un peu rassérénée, je retrouve donc Alexis le long de ce petit bras de la Seine. Passionné et titulaire du brevet d'initiateur fédéral, il me montre les gestes de base avant de me laisser voguer. Sur la berge, il m'apprend comment passer de la position à genoux à la position debout. « Si tu sens que tu vas tomber, tu mets ta pagaie devant toi et tu t'accroupis. Comme ça, le centre de gravité est bien réparti, impossible de chuter ! ». Je prends bonne note...
« Dernière chose. Si le cygne vient vers toi, tu te mets en position défensive, comme ça... » En position défensive, je prends bonne no... Euh ? Une attaque de cygne ? « Oui, ça peut arriver, me répond Alexis en toute décontraction. En fait, il a son nid pas loin avec sa compagne. Donc il les protège. Mais ne t'en fais pas, c'est plus pour impressionner qu'autre chose. Il gonfle les ailes, mais rien de bien méchant... »
Nous voici donc partis, nos paddles, nos gilets de sauvetage et nous. A part quelques promeneurs, ce bras de Seine est désert. Les saules dodelinent de la tête, plongeant leurs ramures dans l'onde. Le cygne fait une apparition, mais reste à distance. En revanche, mes genoux jouent des castagnettes. « C'est normal, m'explique Alexis. Il faut que tu trouves ton équilibre. D'ici un petit quart d'heure, ça devrait passer... C'est parce que tu n'as pas les cuisses assez musclées... » OK, ces heures confinées à faire des squats n'auront donc pas eu l'effet escompté. Nous longeons l'île de la Commune, puis l'île de la Borde dans un calme olympien. Un héron s'envole de la berge.

Alors ? Elle était bonne ?

« C'est apaisant, hein ? », me glisse Alexis. Je confirme. D'autant que mes genoux ont cessé de faire des leurs. Ma pagaie s'enfonce tranquillement dans l'eau. Alexis ramasse un déchet accroché à une branche. «Quand j'accompagne les gens, j'en profite pour les sensibiliser à la question environnementale». Il me raconte alors qu'entre l'élément aquatique et lui, c'est une histoire qui dure : « Mes parents ont embarqué sur un Tunis/Marseille. Or je me suis annoncé et le bateau a dû faire demi-tour pour que ma mère accouche à Tunis... J'ai failli naître en mer ! »
En ce qui me concerne, on sent clairement que je suis née dans une maternité au bord d'une nationale. Sans doute ai-je un peu trop pris la confiance, je suis moins attentive et mon équilibre vacille. J'ai juste le temps de voir Alexis faire «Oh noooooon !» et me voilà à l'eau... Premier constat : elle n'est pas si froide. Deuxième constat : elle n'est pas si sale (aucune réaction à déplorer a posteriori). « Remonte tout de suite, m'intime Alexis, il ne faut pas que tu restes sur un échec ! »

Le Costa Rica à portée de train

Une fois à nouveau sur le paddle, je vois quelque chose flotter à la surface : un reste d'orgueil ! Je le ramasse et, alors qu'Alexis propose qu'on écourte là la balade, je proteste vigoureusement : on con-ti-nue ! Cette chute a un mérite : je suis complètement décomplexée, beaucoup moins tendue. Je cesse de me focaliser sur la possibilité de me casser la figure -déjà fait- et profite du cadre. « On se croirait dans une toile impressionniste, souligne Alexis. Tu vas voir, un peu plus loin, on a presque l'impression d'être au Costa Rica ». Pas un bruit, le ruissellement des branches d'arbres vers l'eau, juste le vert et les flots : c'est vrai qu'on a le sentiment d'être très loin... Tiens, revoilà le cygne ! Alexis me laisse partir devant, le temps de le maintenir à distance. Je pagaie, contente de cette aisance que je prends peu à peu.
« Bah alors ? On est tombée? » Ma tête de chien mouillé n'a pas échappé au pêcheur qui se tient, hilare, sur la rive. Visiblement, je fais sensation. Forcément :  « il n'y a que 10% des gens qui tombent de leur paddle, m'explique Alexis. Et le plus souvent, c'est à l'arrivée, parce qu'ils veulent aller trop vite et ne posent pas les pieds et les mains comme je le leur ai indiqué ».
Pour le coup, je suis une élève attentive et accoste sans encombre. En regagnant la gare, je ne peux m'empêcher de raconter ma sortie aussi plaisante qu'épique sur les réseaux. Rapidement, quelques messages arrivent : « Moi aussi, je suis tombé en paddle » ; « T'inquiète, ça m'est arrivé aussi... ». Et puis bon, j'ai quand même réalisé le rêve ultime de Jacques Chirac : nager dans la Seine. Alors, d'un index triomphal, je pianote sur mon clavier : #Team10% !

Crédits photos : © Supexperience