La lutte contre les VSS, une priorité pour Transilien SNCF Voyageurs

Prévention, dissuasion, lutte contre le sentiment d’insécurité, aide aux victimes… Transilien SNCF Voyageurs lutte quotidiennement contre les violences sexistes et sexuelles (VSS). Les explications de Dominique Joutel Evano, Responsable Sûreté de Transilien SNCF Voyageurs.

Quelle est la place qu’accorde Transilien SNCF Voyageurs à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles (VSS) ?
Dominique Joutel-Evano : Le fait qu’une partie de la population ne puisse pas accéder aux transports par peur d’y être agressée enfreint directement une liberté fondamentale. C’est inacceptable. Le transport public a vocation à être accessible à toutes et tous. Ainsi, en phase avec les exigences d’Île-de-France Mobilités en la matière, Transilien SNCF Voyageurs place la lutte contre les violences sexistes et sexuelles au rang de priorité. Dans ce domaine, nous appliquons la tolérance zéro. Et cet engagement n’est pas récent. Il se traduit, de longue date, par un certain nombre d’actions qui font de Transilien SNCF Voyageurs un laboratoire à la pointe sur cette problématique. 

87 % des femmes déclarent avoir été victimes de violences sexistes et sexuelles dans les transports en commun. Comment analysez-vous cette donnée ?
D. J.-E. : Ce chiffre ancre les VSS dans le réel. Mais si ces violences ont toujours existé, désormais les victimes parlent. Un progrès que nous encourageons, notamment via des campagnes régulières pour promouvoir le 3117, le numéro d’urgence pour donner l’alerte (ou 31 177 par SMS), ou encore le déploiement des bornes d’appels d’urgence qui permettent une intervention rapide. Pour agir en amont, nous multiplions également les opérations de prévention en allant régulièrement au-devant de clientes dans les gares et les trains. Malgré cet engagement, les violences sexistes et sexuelles restent un fléau qu’il nous faut combattre collectivement. La peur doit changer de camp.

Justement, 5 % des Franciliennes disent renoncer à prendre les transports par peur. Comment les sécuriser ?
D. J.-E. : Combattre les VSS, c’est aussi réduire le sentiment d’insécurité qui peut être paralysant. Pour cela, Transilien SNCF Voyageurs réalise régulièrement, depuis de nombreuses années, des marches exploratoires. Nous invitons des femmes et, plus largement, des personnes susceptibles de se sentir vulnérables dans l’espace public, à exprimer leur ressenti tout au long d’un parcours en gare. L’objectif étant d’identifier les zones où naissent leur sentiment d’insécurité afin de réaliser les investissements nécessaires pour rendre ces espaces moins anxiogènes. À titre d’exemple, fin février 2024, une marche exploratoire a donné lieu à des préconisations d’aménagements en gare de Rosa Parks. Ces derniers ont pu être financés et réalisés dans les trois mois qui ont suivi : relooking de la gare avec des dispositifs « nudges » de réassurance, repositionnement de la présence humaine, amélioration de la signalétique, plan d’actions contre les passages de deux-roues motorisés…

Le développement des technologies peut-il changer les approches dans la lutte contre les VSS ?
D. J.-E. : Oui j’en suis persuadée, mais toujours en complément de l’analyse et du discernement humain. Par ailleurs, nous avons la chance, grâce à Île-de-France Mobilités, de disposer de plus de 10 000 caméras dans nos transports (gares, quais, couloirs…). La vidéo analysée par les professionnels formés à la lutte contre les VSS est un outil majeur pour faciliter les interventions terrain ciblées de nos collègues de la sûreté ferroviaire. 

Concrètement, comment Transilien SNCF Voyageurs accompagne les victimes ?
D. J.-E. : Les personnes victimes d’agressions sexistes et sexuelles nécessitent un accompagnement spécifique car leur vécu touche directement à l’intime. Elles peuvent ressentir de la pudeur, de la honte, être en état de choc et surtout de sidération. Nous avons donc formé nos équipes en contact avec les voyageurs à prendre en charge ces victimes, dans une approche rassurante et non intrusive. Il est important que tous les personnels en contact avec le public soient formés pour prendre en charge et orienter les victimes de VSS, tels que les agents de sécurité privée, les agents de médiation… Mais, plus largement, nous souhaitons développer la solidarité entre voyageurs. En cas de risque d’agression, ou d’agression caractérisée, il n’est pas facile – voire impossible – de s’interposer. Mais il n’est pas acceptable de détourner les yeux, chacun peut agir à son niveau, sans se mettre en danger, en signalant les faits a minima ou en adoptant, par exemple, la méthode des 5D (Distraire, Documenter, Diriger, Déléguer et Dialoguer). En partenariat avec la Fondation des femmes, nous formons aujourd’hui, un peu partout en Ile-de-France, nos voyageurs à adopter les bons réflexes. C’est ainsi, collectivement, que nous réussirons à mettre fin à ces violences. 
À lire : dans le numéro de septembre 2025 de Sécurité et Stratégie, la revue du Cercle des directions de la sécurité des entreprises (CDSE), Dominique Joutel-Evano et Gaspard Viel (chargé de projet sûreté chez Transilien SNCF Voyageurs) prennent la parole sur les VSS.

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