Interview de Pierre Messulam, Directeur général adjoint de Transilien SNCF

« Nous participons à la construction d’une identité commune à tous les Franciliens »

En créant un réseau maillé à l’échelle de l’Île-de-France, l’ambition est d’offrir aux Franciliens des fréquences de liaisons qui créeront une continuité dans leurs trajets et, au-delà, un sentiment d’appartenance à la région-mégapole francilienne. Les explications de Pierre Messulam, directeur général adjoint de Transilien.


Avec le développement de leur réseau, les Franciliens pourront-ils se déplacer aussi facilement que les Parisiens en métro ?

Un grand métro régional, c’est l’idée qui a présidé à la création des RER A et B dès les années 1970. La première couronne s’est raccrochée au réseau du métro qui offrait un service exceptionnel comparé à ce qui existait dans le monde. L’enjeu reste de faire en sorte que Paris et l’Île-de-France soient encore davantage territoire créateur de richesses, donc de travail et d’emplois. Or c’est dans la grande couronne que la population s’est le plus densifiée ces quarante dernières années, c’est en périphérie qu’ont émergé les plus gros bassins d’emplois : La Défense, Roissy, Issy-les-Moulineaux, Saint-Denis, Marne-la-Vallée, Saint-Quentin-en-Yvelines, etc. Ils concentrent les activités liées à la mondialisation de notre économie. Il fallait donc connecter ces pôles d’activités et faciliter les liaisons domicile/travail. Le modèle ancien, qui amenait tout le monde vers le centre n’était plus pertinent. Il fallait changer d’échelle.


La solution, c’est le déploiement des nouvelles lignes ?

La solution, c’est d’utiliser le réseau SNCF en se concentrant sur les flux importants et de construire des gares de connexion.


Quelles sont ces gares de connexion ?

Il y a dans un premier temps Clamart, Chelles, Le Vert de Maisons, Arcueil, Issy, La Défense-Nanterre et, à Paris, Porte Maillot.

Les gens qui n’habitent pas directement sur le tracé des nouvelles lignes pourront-ils aussi profiter d’un nouveau réseau ?
Le maillage du réseau se joue aussi dans l’accès plus facile aux gares. Lorsque les flux de voyageurs sont plus modestes , la réponse passe par le bus, idéalement électrique, et l’auto-partage. Le déploiement du tram-train (un tram qui circule sur les voies ferrées) jouera, lui aussi, ce rôle en rapprochant de la gare de connexion les gens qui en sont éloignés. Le premier tram-train qui relie Le Bourget à Épinay-sur-Seine est déjà en service. Trois autres sont en projet : Clichy-Montfermeil, Massy-Evry et Saint-Cyr- Saint Germain-en-Laye et Poissy.


Cette offre de transport renforcée sera-t-elle accompagnée de temps d’attente réduits ?

Les trams-trains circuleront à raison de 4 à 10 par heure, même en heures creuses. L’offre et la fréquence gommeront l’impression d’attente ; l’usager aura un sentiment de continuité. Nous ne cherchons pas à créer des correspondances : elles viendront d’elles-mêmes grâce à la fréquence des trains et du prolongement du RER E vers l’ouest.


En quoi le RER E va-t-il améliorer le quotidien des usagers ?

Le prolongement du RER E à l’ouest de Paris réduira les temps de parcours. Il dé-saturera la ligne A du RER qui transporte jusqu’à 1,2 million de voyageurs par jour. De même, la future ligne 15, qui croisera les RER C et B puis à terme E et D, déchargera les lignes radiales. Il pourra y avoir moins de monde dans les rames.


En quoi la révolution numérique accompagne-t-elle le nouveau réseau francilien ?

Au-delà de l’offre, le maillage du territoire se joue avec le digital. Par le biais des smartphones, nous devons pouvoir offrir aux voyageurs des informations personnalisées non seulement sur la ligne empruntée mais sur l’ensemble de leur trajet. Là aussi, il faut raisonner le Grand Paris à l’échelle de toute l’Île-de-France ! C’est dans ce but que, l’été dernier, nous avons conclu un accord avec les autres transporteurs d’Ile-de-France (RATP, Transdev et autocaristes) pour partager nos datas.


Le nouveau réseau francilien est-il susceptible de « fabriquer » un nouveau sentiment d’appartenance au territoire ?

L’usage du train restructurera la représentation du territoire. Les gens penseront moins « 9.3 » ou « 9.2 » car il sera aussi facile de se déplacer dans son département que d’aller partout ailleurs en Île-de-France. En décloisonnant l’accès aux emplois, en facilitant l’accès à l’enseignement supérieur, à la formation, à la culture, aux soins, nous participons à la construction d’une identité commune à tous les Franciliens, Parisiens comme Grands Parisiens.


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